Lundi 8 novembre 2010 1 08 /11 /Nov /2010 19:54

On voudrait me faire croire que je suis en péril et que mon petit monde va s’écrouler.

Ah bon ? Si je ne collabore pas à ce pantomime s’en est fini de moi ?

Tous les jours, on se demande si la bête va réagir. Alors on fait le cirque et on guette.

La bête voudrait simplement vous dire que c’est trop facile, et que personne n’est dupe de votre orgueil ou votre bêtise ( au choix).

 

Je doute sincèrement que des voix célestes m’aient conduit à ces animaux qui officient aujourd’hui dans l’abjection la plus totale.

 

 

Laissez moi sourire. Nous faisons face à des petits terroristes qui n’ont aucune relation avec le monde intelligent et qui vivent en vase clos.

 

Au moyen âge, il existait la cérémonie de l’adoubement. L’homme devenait chevalier et jurait fidélité à son seigneur. On reconnaissait ainsi son courage et sa fidélité.

 

Chez nos amis les bêtes, la fidélité s’achète. Voulez vous un exemple ?

 

Pascal cherche une femme. Un soir on lui vend une esclave. La belle Nathalie ( la plus belle fille du village de Ploucvinec).Il n’a pas mis longtemps à la séduire, il a juste dégainé de son étui un bout de plastique doré qui a aussitôt eu un effet magique sur la belle.

Depuis, ils vivent heureux et ont eu beaucoup d’enfants.  Et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, il n’y a pas de cocu(e) dans cette histoire d’amour.

 

 

La où l’histoire se corse, c’est que le (beau) Pascal était en secret amoureux d’une autre. La fille la plus pauvre de Lutèce, née le jour de RTT des fées.

 

Ayant jugé de la pauvreté de cette dernière, je vous laisse imaginer l’affolement que produisit l’annonce de cet amour pour le moins inattendu, entre deux êtres qui d’ailleurs ne se connaissent toujours pas à l’heure qu’il est.

 

Le frère aîné de Pascal, le très intelligent Yannick va mettre fin à cette situation. Il a toujours décidé pour son frère( pas très futé il est vrai). Alors un soir , il lui présente la belle Nathalie qui voit là une possibilité d’améliorer son swing (depuis le temps qu’elle arpente les clubs de golf à la recherche de l’heureux élu).

 

Mais l’histoire n’est pas finie.

 

La fille la plus pauvre de Lutèce est décidément bien seule. Alors un soir ou elle s’ennuie elle accepte d’aller au bal avec un grand singe, qui a l’air un peu gentil et intelligent. Elle s’éprend de lui.

 

Que croyez vous qu’il arriva ?

 

Jalouse de cet amour, la fille la plus belle du village de Ploucvinec appelle le grand singe et l’achète. ( il faut dire qu’elle a depuis, elle aussi ,un bout de plastique doré d’autant plus doré qu’elle se fait passer pour la fille perdue d’un riche marchand de meubles en plastique qui depuis a complètement perdu la boule ).

 

 

Je sais ce que vous allez me dire. L’histoire manque d’un preux chevalier.

 

Arrive un grand seigneur teuton. Il prétend rétablir l’ordre des choses.

Il protège la fille la plus pauvre de Lutèce (qui d’ailleurs le remercie). Mais l’histoire sans héroine , cela ne fait pas rêver. Et le monde a tellement besoin de rêver.

 

Alors c’est un peu comme peau d’âne. Comme il s’aperçoit, comme beaucoup d’autres je l’espère, que la fille la plus pauvre de Lutèce est très loin d’être ignorante (je rappelle qu’en des temps assez lointains, il est vrai elle a été souvent qualifiée de très « douée »), et qu’une enfance passée à l’abri du besoin pourrait en être la cause.

 

Non Monsieur. Avoir une âme n’est pas le privilège des nantis. Si vous aviez été moins riche, vous auriez pu connaître tous les moyens que la République offre aux pauvres gens pour s’instruire à partir du moment où l’on s’intéresse au Monde qui nous entoure.

 

Alors bien sûr, il y a eu ces grands parents formidables qui ont su transmettre cet héritage culturel, ce melting pot extraordinaire en qui la pauvre fille de Lutèce a trouvé ses racines.

 

Point besoin d’être pauvre pour avoir de l’éducation et du courage pour affronter les épreuves.

Point besoin de se vendre pour survivre quand travailler vous épanouit chaque jour un peu plus.

 

Bon , mais revenons à son rôle dans l’histoire.

 

Mr Le grand seigneur est persuadé que la fille la plus pauvre de Lutèce doit jouer un rôle dans le destin des hommes, parce qu’un soir a eu lieu un miracle. Elle devait épouser le grand singe, être la sœur d’un bel éphèbe à la cervelle de pois chiche et la fille d’un mégalomane se disant artiste ( il construit des œuvres d’arts à base de déchets recyclables ).

 

 

Seulement trois choses :

 

-         la fille la plus pauvre de Lutèce a déjà un frère . Oh non, il n’est pas fort, il est même très sensible. Parfois même il pleure ses amours perdus. Mais il m’aime, et il est capable de prendre un Dimanche entier pour faire la route jusqu’à Orléans pour venir me voir quand il sait que j’ai besoin de lui.

-         La fille la plus pauvre n’aime plus (et depuis longtemps) ce grand singe qui passe ses soirées auprès de guenons qu’il paie( lui aussi). Ce qu’elle apprécie peu être encore c’est le souvenir de son amour, quand elle le croyait au dessus de toute cette grosso merdo. Mais voilà , il vendrait sa propre mère pour survivre. C’est pour cela qu’il est seul et que l’angoisse le prend à la tombée de la nuit.

-         Un  père ? Elle a  déjà un père. Un être très fragile, a qui la vie n’a pas fait de cadeau. Peut être il n’est pas riche, qu’il a de nombreux défauts. Mais aujourd’hui elle lui pardonne, car elle est forte pour deux. Et il faudrait qu’elle pleure un soi disant père  artiste défroqué , mais qu’a t il fait pour qu’elle l’aime ?

 

 

Il n’y a pas d’histoire.

Il n’y a pas de tragédie

Il y a juste que la fille la plus pauvre de Lutèce est aujourd’hui très heureuse, et elle voudrait qu’on la laisse enfin vivre en paix.

On aime quelqu’un pour tout ce qu’il est : pour ses erreurs présentes et à venir, pour son sourire et son intelligence. Toutes ces choses qui font qu’on est irremplaçable au yeux de l’autre.

 Encore une chose: le thon est poisson du grand large, il ne se contente pas de petits ruisseaux. Il aime la mer et trace son chemin au creux de cette mer qui emporte les petits pêcheurs au loin...

Par marina ZOLOTOVSKY
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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 21:29

ACTE 2 : scène II

 

 

A l’asile, un homme en tenue militaire entre en courant. Il regarde derrière lui. On dirait qu’il cherche à fuir un danger. Ses yeux sont affolés , il tremble.

 

L’homme : c’est bien elle ,n’est ce pas ? C’est bien elle que j’entends ? Mon Dieu, si t’existes sort moi de ce pétrin et j’apporterais des cierges , des gros , bien visibles pour que tout le monde sache que t’es mon idole !

 

La bête : mais oui, je ne te veux pas de mal, c’est bien de moi qu’il s’agit. Je ne veux pas te faire peur.

 

L’homme : ça y est vous l’entendez ? c’est le diable qui vient me prendre !

 

La bête : j’aurais espéré plus d’imagination de ta part.

 

L’homme : fous moi le camp saloperie !

 

La bête : non, j’ai deux mots à te dire maintenant que je peux me mouvoir telle une ombre dans le clair obscur. Tu ne peux pas me voir, juste sentir, sentir toute cette douleur que tu as mise en moi.

 

L’homme tremble  : la bête, pardonnes moi de là haut. J’ai si peur à présent.

 

La bête : je croyais que l’argent qu’ils t’avaient donné à profusion pour que tu les soutiennes dans leur crime t’avait comblé. Tu était tellement fort , jadis. Regardes toi ? Ils t’ont abandonné depuis ma mort ? Tu ne leur sert plus ?

Ils ne t’appellent plus pour te faire faire un tour de piste ? Rapelles toi comme tu les a bien fait rire de moi jadis ? Tu ne te souviens pas ?

 

 

 

 

 

L’homme à genoux : ce n’est pas ma faute à moi. On voit bien que tu l’as jamais connu la misère toi. Cette misère qui vous tient au ventre. Je n’avais rien, et j’avais si peur.

Alors une grande Maman m’ a ouvert les bras un jour. Une Maman qui n’est jamais en faillite, et qui vous nourrira toujours qui que vous soyez, même le pire des hommes pourvu que vous lui obéissiez.

J’y peux rien moi ! Quand le vieux est arrivé avec tout son argent, j’ai bien cru que j’allais enfin réaliser mon rêve ! Les doigts de pieds en éventail sous un ciel de Provence devant ma piscine en kit livrée par Beau Papa.

 

La bête : je ne savais pas en te suivant à quelle famille tu appartenais. J’étais entière dans mon amour de bête. Je n’agit qu’à l’instinct pour ces choses là.

Mon arrière grand père, le grand singe que tu vois là haut sur le croissant de lune, celui qui sourit les soirs de ciel obscur,  il dit qu’il a été de la même tribu que toi . Parfois, je l’entend jouer un air de violon sous les étoiles ( adagio albinoni pour les albinos)

Mais il n’a jamais eu faim, lui. Et je crois bien qu’il n’a jamais eu peur. Et je crois bien que tu ne peux pas écouter sa musique avec tes grandes oreilles d’ homme.

 

L’homme : laisses moi maintenant , moi j’ai si peur du noir à présent.

 

La bête : Pauvre petit homme misère . Je voulais te dire que je me trouverais devant la porte, tu te souviens. Cette fois, je crois bien que c’est moi qui ne te laissera pas entrer.

 

 

 

 

A part : Je sais le rêve que caressaient certains. Ils me disaient : «  Allons la bête, fais pas ta difficile, et rabiboche toi avec ce vieux militaire, t’as quoi pour refuser cette extraordinaire opportunité ? ».

 

« Regardes, avec le avec un vieux treillis, il ressemble un peu à ton idole Saint Exupéry ? »

 

Moi je ne veux pas, je veux continuer à vivre à l’intérieur de moi comme sur la planète du petit Prince. Et je vous regarde vous ébattre dans votre rêve. Et je me dis que décidément, les hommes sont très très bizarres quelquefois. Ils ne s’aperçoivent même pas des choses les plus évidentes, celles qui leur comment dites vous ? Pendent au nez ?

 

Vous savez, je ne savais même pas qu’il était militaire. Sinon, je crois que je me serais armée.

 

 

 

Par marina ZOLOTOVSKY
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 21:28


Il est des soirs et des saisons où l'on aime plus que d'autres. Pour ces instants, frêles passagers des désirs, on se laisse porter par les mots , et comme par magie, ils renaissent dans nos mémoires...Surtout ne les reveillez pas..
Ils n'auraient plus la couleur des instants du bonheur.

J'ai caché pour toi, tout au fond de mon âme,
Une flamme douce, vaillante et frondeuse,
Elle porte en moi, un espoir que la vie réclame
Une lueur obscure que veille, comme une louve
une nymphe rêveuse


J'ai bâti pour toi, des forteresses imprenables,
Dont nul autre ne sera l'assaillant désirable,
Des tonnerres grondants, des mers déchainées
Des tourmentes lascives pour nos corps enchainés

J'ai inventé pour toi les plus profonds mystères
Pour que chaque jour me découvre plus sincère
Et que de l'aube claire, au couchant qui luit
Tu brilles pour moi , comme tous les astres de la nuit


J'ai volé pour toi l'éternité aux paradis,
Pour que jamais nos désirs ne meurent assouvis
Et dans l'enfer flamboyant d'une forge incandescente
J'ai scellé les tables de ta loi,
Le serment de l'amante.

Par marina ZOLOTOVSKY
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Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 21:44
  

                                   Un jour, il y avait ce lion dans un journal ,

                                     Il était si sombre, perdu dans un parc

                                     Il était seul , statue d’airain

                                     Marbré par l’ombre d’une nuit naissante,

 

                                    J’ai eu pitié de la tristesse du lion

                                    J’ai eu peur que la nuit l’engloutisse

                                    Peut être même qu’il pleurait

                                    Des larmes invisibles

                                    Lui débordant des yeux

 

                                    J’ai pensé c’est là toute la douleur

                                    Pauvre lion flétri de solitude

                                    Tu crois que ton royaume t’entoure

                                    Et tu te découvres bien seul

                                    A l’orée d’une nuit sans lune

 

                                    J’ai sauvé le lion de ses brumes

                                    J’ai dessiné tous les contours de ses tourments

                                    J’ai capturé l’abattement de son regard

                                    Figé les plis de ses os de pierre

                                    Cristallisé ses larmes amères

 

                                    Depuis, il vit toujours avec moi

                                    Mon lion ramassé un soir d’émoi

                                    Je l’ai collé là

                                    Encadré sur le mur

                                    Pour que sa peine ne déborde plus

 

                                   Il faut que je vous dise

                                   Il ne m’a jamais parlé

                                   Peut être même qu’il n’a jamais existé

                                   Avec ces lions de parc

                                   On n’est jamais bien sûrs

 

                                   Mais lorsque je le regarde sur le mur,

                                   Je me sens toujours très fière

                                   Ce soir là , c’était le jour

                                   Où je me suis sentie une âme

                                   A sauver tous les lions mélancoliques

 

 

                                   En un trait de liberté porté au fusain

                                   Je lui ai chuchoté : vas,

                                   Et si un jour sur le chemin

                                   Tu rencontres une femme avec un dessin

                                   N’oublies pas que c’est peu être juste un peu

                                   Avant l’envie,le destin qui te souri

                                   

 

 

 

 

                     

Elle disait aussi, tu sais pas d’où ça vient tous ces soleils dans la tête. C’ est comme lorsque tu regardes un feu se consumer de trop près. Tu sens sa chaleur qui transpire , et l’odeur de la chair. Alors, tu sais ;Tu sais que tu appartiens soudain, entièrement , violemment à cette terre pourtant si aride qui n’a cessé de te façonner à sa guise.

 

En elle, tu as trouvé tes racines . Lorsque ta vie arrêtera sa course, tu iras te coucher sous le grand palétuvier, puisque c’est là ta volonté. On te portera en elle, et tu seras le suc auquel s’abreuveront ses fils.

 

Elle me chuchotait tout cela , cette vieille face luisante éclairée par de grands yeux qui te mangent dans le noir. Et toi tu étais effrayée par cette face d’archange aussi sombre que le charbon, qui découvrait un immense sourire d’où s’extrayaient pèle mêle des dents proéminentes d’un blanc aussi limpide que la lumière du matin.

 

Il faut sentir ces choses ma petite. Les hommes  fous sont  sans racines. Ils n’ont pas le soc qui leur permet de tracer leur chemin. Alors, ils errent , sans but autre que de d’essayer de construire, et usent leur temps et leur labeur à tenter de ressembler à ceux qui respectent la terre des ancêtres .

 

Ceux là , tu sauras les reconnaître. Leur port est aussi fier que la droiture avec laquelle ils te traiteront lorsque tu feras appel à eux. Leur  regard ne se détourne pas du tien, il t’enveloppe de leur bienséance. Si tu as de la peine, qui que tu soit , ils t’ouvriront les mains, et t’offriront parfois ce que tu n’as même pas pensé leur demander.

 

Ils ne parlent pas plus haut que les autres. Lorsqu’ils sont savants, ils ne se gaussent pas d’être plus instruits que l’idiot. Ils pensent que celui ci perçoit peu être le monde d’une autre façon que la leur.

 

Un jour , toi aussi , tu feras face aux batailles de la vie. Souviens toi de ce soir , de la pauvre vieille pomme qui a bercé tes rêves d’enfants au seuil de la nuit .Gardes toi forte de mes enseignements , et n’oublies pas le feu de la terre. Je l’ai mis en toi pour qu’il te guide et te garde libre de faire ton chemin dans la vie sans oublier qui tu es .

 

 

 

 

             

 

 

 

 

       

Par marina ZOLOTOVSKY
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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 21:26

C’est un vieux pote qui joue le saxo dans un bar pourri. Un bar où les hommes s’arrachent du zinc l’âme noire et les yeux en délire .Des idées passe partout leur traverse le cerveau. Alors dans le déliement des langues pâteuses , ils crachent les quelques rabiots qui leur servent de pensées profondes. Un instant, tout est possible .Les alcooliques ne rêvent pas, ils bâtissent des châteaux de cartes avec l’esprit vacillant .Le monde est à refaire. Ca leur apparaît tout d’un coup , comme ça, qu’ils les auraient ce soir pour tout changer dans ce bastringue de l’humanité en déroute.

Un instant, ils quittent leur trou à rat et prennent place à bord d’une fusée intersidérale qui carbure au rouge. Une liqueur  mauvaise , virulente qui les transporte à travers les cieux des alcooliques .Rouge feu est le fiel qui se coule au sein de leurs veines bleuies. Ils seraient bien un peu aristos .Ce soir, ils prennent les pleins pouvoirs sur le terrier qui leur sert de toit.

Tellement joyeux dans leur esprits de carmagnole.

C’est pas pour rien que la révolution c’est rouge.

 

Dans les alcooliques , il y a toujours un gueulard. Comme dans une équipe de rugby .Le meneur. Il dit n’importe quoi. Pas grave, ici on ne veut entendre qu’une diatribe : celle qui accuse , et si possible le nom de l’éhonté. Celui qu’on va repeindre dans les couleurs de l’arc en ciel du purgatoire. Celui qu’on brûlera en place de grève. Qu’on lynchera sans y penser, vu qu’il avait qu’à pas être là au mauvais moment. La justice des hommes c’est d’abord une affaire de situation. Mais ça tu le sais qu’après que ça t’arrives.

 

Le problème avec les imbibés c’est qu’ils n’ont pas encore trouvé le coup qui leur servira de parachute. Ils sont toujours en chute libre. Atterrissage catastrophe.

 

Alors pour se faire pousser les ailes, encore une petite potion de l’espoir et soudain ils confondent le reflet du zinc et la clarté matinale.

 

Il est comme ça , mon vieux. Il arrive même plus à marcher droit lorsque je m’en vais le chercher dans son cloaque. Il titube comme un culbuto . Dès fois, j’aimerais qu’il passe au bouillon dans le port .Tout ce qu’il trouve à faire c’est de me faire peur en se balançant le pantalon baissé , son pauvre vieux tube dans les mains , en essayant de pisser dans la mer.

Et soudain, c’est la honte .Comme il ne sait pas chanter et qu’il grogne , toutes les fenêtres des commères du coin s ‘allument. Ca va être encore la fête chez les Trouquigon demain.

On va devoir encore baisser la tête chez l’épicier en faisant semblant d’avoir pas vu qu’il nous jetait un regard plus que réprobateur. Pas ma faute, mon bon Monsieur. Dans la famille, j’vous jure, j’suis la moins dézinguée.

 

Et alors quoi ? Vous voudriez qu’on soit tous propres ? Qu’on brille tous comme des sous neufs ? On peut pas être neufs quand on n’a pas de sous. Nous on est comme ça , rapiécés.

Mais les bouts de vie qui tissent la toile de notre destin valent plus que votre petit intérieur propret. Nous on s’est frotté à la crasse et à l’huile de coude. On s’échine à vivre. Et le sel qui brûle nos lèvres à plus de goût que vos gâteuses sucreries de confort. Elle est là .La vie .Je parle de celle que l’on empoigne, qu’on force à coup de butoirs .Celle qui vous tord de douleur .Celle qui ne craint pas de tirer de vous le meilleur .De vous passer les entrailles  à la moulinette du ciel et des enfers .

 

 

Les seules fois où il m’aime, c’est lorsqu’il vide son trop plein d’impuissance sur moi. Il est comme ça. Il est lâche et le monde peut s’écrouler , cela ne l’empêchera pas de dormir du

sommeil lourd de la cuvée des ivrognes. Dans ces moments là, on a la paix. On n’entend plus ses hurlements geignards à travers toute la maisonnée.

Je suis son souffre douleur, vu que ma tête lui est pas revenue depuis que je suis sortie du ventre de ma mère. Il a posé ses yeux sur moi, et il m’a détesté.

Il voulait un garçon Encore un coup pour rien. Pourtant, à la maison, l’homme de la famille, c’est moi. Je porte des culottes rêches et les cheveux courts, « au bol », comme mon pauvre fieffé de frère. Lui, il sait même pas écrire. Alors son monde se limite à ce qu’il comprend dans sa pauvre caboche étriquée.

Il connaît pas le feu qui embrase le ciel le soir sur la corniche. Moi, je peux fermer les yeux et me souvenir de chaque cri dans les couleurs qui claquent. L’incendie de la brûlure du soir qui descend s’éprendre de la mer dans la course lascive ou il s’abandonne peu à peu à cet amour fauve. Et soudain, dans un dernier éclair, le rideau des étoiles prend sa place.

A ce moment là , c’est comme si je comptais un peu pour le ciel.

Par marina ZOLOTOVSKY
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